L'explication générale de la déclaration de Pasqua est qu'il s'inquiétait de ce que la loi n'aurait plus été appliquée. Certains fonctionnaires de police auraient été trop tolérants à l'égard de l'usage du cannabis. Des voix se seraient élevées au sein de la police pour douter de l'utilité de la politique en matière de drogue. La déclaration de Pasqua aurait été une réaction à cette tendance.
Le point de vue de Pasqua au sujet de la drogue est clair. Il l'a encore expliqué lors de l'émission de télévision Envoyé spécial, diffusée sur France 2 le 27 janvier 1994. L'émission était entièrement consacrée à la drogue, et Pasqua était invité pendant toute l'émission à commenter les reportages. A la question de savoir s'il fallait faire une distinction entre les drogues dures et douces, Pasqua a répondu : "Non, pour une raison simple. Si vous posez cette question, c'est qu'elle en sous-tend une autre, c'est-à-dire s'il faut dépénaliser l'usage du haschich. Je suis contre, car quand je discute avec des spécialistes, comme de grands professeurs de médecine, ils me disent qu'il n'existe pas de drogues douces, et qu'il y a notamment dans le haschich des substances qui sont extrêmement toxiques. D'autre part j'estime qu'il n'y a pas de toxicomanes aux drogues dites dures, qui n'ont pas commencé par ce qu'on appelle parfois les drogues douces (...) Ce qu'il y a de plus dangereux dans la consommation de haschich, c'est que sans que l'on se rende compte elle contamine et elle incite à se droguer".[61]
Abstraction faite des idées de Pasqua, ce débat a effectivement eu lieu, depuis le moment où il l'a lancé, notamment en ce qui concerne le cannabis.
L'Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie (ANIT), une instance renommée qui réunit environ 500 intervenants en toxicomanie, a organisé les 27 et 28 mai 1994 un congrès à Bordeaux, intitulé "Drogues et interdits : l'esprit des lois". L'ANIT a déclaré a l'occasion de ce congrès être partisane de la dépénalisation de l'usage de toutes les drogues et d'une légalisation contrôlée du cannabis.
L'ANIT est généralement une instance très respectée, même dans les hautes sphères du gouvernement. Différentes personnes haut placées assistaient au congrès de l'ANIT, notamment le directeur de l'époque de la Délégation Générale à la lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (DGLDT), Jean-Louis Langlais, qui a également prononcé le discours d'ouverture du congrès.
En novembre 1994, le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE) a publié un rapport sur la politique en matière de drogue. Sa conclusion était entre autres que la politique actuelle (de répression) ne constituait pas la bonne réponse au problème de la drogue. La distinction entre drogue légale et illicite, sur laquelle se base la politique de répression, est dépassée à la fois par la science et par la pratique. Le Comité propose par conséquent une nouvelle classification des drogues, basée sur d'autres critères que ceux en vigueur.
Le Comité a estimé qu'une légalisation des drogues, qui sont encore illicites, irait trop loin, parce qu'elle pourrait éventuellement entraîner une augmentation de l'usage parmi les jeunes. Le Comité propose une troisième voie, qui rend compatible une sécurité suffisante avec une liberté maîtrisée. Cela devrait avoir lieu sous une réglementation claire, comprenant un "contrôle du produit" et un "accès contrôlé" au produit.
En mars 1994, Simone Veil a instauré la Commission Henrion ("la commission des sages"). Cette commission devait se pencher sur le problème de la drogue et de la toxicomanie. La constitution de la commission a pris beaucoup de temps, parce que toutes les "parties" devaient être représentées (comme la police, la santé, la science, les media etc.). De nombreux membres de la commission n'étaient pas des spécialistes de la politique en matière de drogue; de ce fait ils ne devaient pas avoir de préjugés. La commission s'est finalement penchée sur le sujet pendant 9 mois. Comme l'indique la préface du rapport, elle s'est particulièrement orientée vers la question d'une prohibition de toute forme de vente et de distribution.
La commission était en fin de compte partagée sur plusieurs points. Elle a d'ailleurs procédé à un vote sur deux points : la dépénalisation de l'usage du cannabis (disons les drogues douces) et la dépénalisation des drogues illicites en dehors du cannabis (disons les drogues dures). Une petite majorité de la commission (9 pour, 8 contre) s'est prononcée pour la dépénalisation de l'usage du cannabis. Le résultat du scrutin concernant la dépénalisation des autres drogues que le cannabis a donné le résultat exactement inverse (8 pour, 9 contre). Il est à noter que le président Henrion, professeur de médecine et opposant à une libéralisation avant que la commission ne se mette au travail, avait totalement changé de position au bout de neuf mois. Non seulement il était désormais partisan de la dépénalisation, mais même de la légalisation du cannabis.
L'opinion de la légère majorité de la commission qui a voté pour la dépénalisation de l'usage du cannabis, va dans le même sens que celle du CCNE (Comité Consultatif National d'Ethique). Cette majorité estime qu'une régulation efficace est préférable à la situation actuelle. Une régulation équivaudrait à (p. 82/83) :
une interdiction de fumer du cannabis avant l'âge de 16 ans;
une interdiction de fumer du cannabis dans tous les lieux publics;
la répression de l'ivresse cannabique sur la voie publique;
la création d'un délit de conduite sous l'emprise du cannabis;
une interdiction de son usage dans des métiers dit de sécurité tel que contrôleur aérien, pilote, conducteur de TGV, etc.
Avant même la publication du rapport final de la commission, Pasqua avait déjà déclaré s'opposer à la dépénalisation. Le Premier Ministre Balladur a également exprimé son opposition dans une émission de télévision, diffusée le jour suivant la publication du rapport. Le rapport de la Commission Henrion a fait l'objet de beaucoup d'attention dans la presse. Les quotidiens Libération et Le Monde se sont tous deux prononcés dans leurs éditoriaux pour une dépénalisation de l'usage du cannabis.
Au cours des dernières campagnes des élections présidentielles, aucun des "grands" candidats ne s'est prononcé en faveur de la dépénalisation. Une seule candidate, Dominique Voynet (Les Verts, environ 3% des voix) s'est exprimée en faveur d'une légalisation contrôlée. Lionel Jospin (PS) s'est prononcé (dans des termes assez modérés) contre la dépénalisation. Par contre, il a exprimé de nombreuses critiques à l'égard de la loi du 31 décembre 1970, qui "doit être débarrassée de son arsenal répressif".
On dirait que les politiciens n'osent pas se prononcer en faveur de la dépénalisation du cannabis, parce qu'ils ne veulent pas se brûler les doigts sur ce sujet sensible. En effet, l'opinion publique est d'après la plupart des sondages contre la dépénalisation. Cela s'explique surtout par un manque général d'information.
Le débat sur la dépénalisation a cependant abouti au fait que le sujet de la drogue est moins soumis à des tabous et que l'opinion publique commence à être mieux informée.
Cela a eu pour conséquence un partage de l'opinion publique beaucoup plus marqué qu'auparavant, que l'on peut comparer aux années 80, lorsqu'il existait un consensus général au sein de l'opinion publique au sujet de la guerre à la drogue, consensus qui n'existe plus actuellement. Cela est également dû au constat que la "politique en matière de la toxicomanie" n'a pas été la bonne réponse au problème, notamment en raison du nombre élevé de toxicomanes infectés par le virus du Sida. Cela a permis d'entamer la vraie discussion et il existe maintenant en fait deux "camps", les partisans et les opposants.
Bien qu'on ne puisse pas encore dire avec certitude quel sera le résultat du débat sur la drogue, il est à noter que les voix en faveur d'une dépénalisation se font mieux entendre qu'auparavant et que les spécialistes, en particulier, se prononcent de plus en plus en faveur d'une modification de la politique en la matière.
D'après www.cedro-uva.org
Et vous?
Pour ou contre la légalisation?
Pour ou contre la simple consommation?
Fumer vous regulierement?
Avez vous déja fumer du canna?




